Institut de Victimologie

Un exemple de déni

OPINION PERSONNELLE

Beaucoup de patients se sont indignés des propos tenus par le Pr Rufo affirmant :
" L'immense majorité des enfants abusés vont bien à distance après le sévice, elles ont des craintes un peu précises mais elles vont bien dans leur vie amoureuse, sexuelle, personnelle, professionnelle. Donc en quelque sorte, un abus ne peut pas entrainer un tel dégât sauf si la fragilité et la vulnérabilité du sujet vient faire que l'abus renforce cette pathologie d'organisation. Là dans ce que vous décrivez, c'est concrètement fantasmatique. Ça fait peut être partie de son organisation un peu plus de reconstruction délirante du monde (sic...) "

La jeune fille âgée de 28 ans dont il est question est hospitalisée à la demande d'un tiers pour une addiction aux antalgiques, complication fréquente des violences sexuelles... On ignore sur quels arguments, Rufo en fait un sujet délirant, fantasmant des agressions sexuelles dont sa mère dit qu'elle a toujours eu conscience. Or nous dit Rufo : " Ce n'est pas parce qu'elle est en psychiatrie que sa parole ne doit pas être entendue (...) " nous ne saurions mieux le dire !

Alors écoutons la.
www.youtube.com/watch?v=WmzZMYUC2nc

Disons d'emblée que les agressions sexuelles et autres graves maltraitances ont de graves conséquences comme le démontre à foison la recherche scientifique anglo-saxonne, canadienne, néozélandaise, etc. là où la France brille par son absence, quoi que le Conseil Général de Seine Saint Denis 1 ait démontré le contraire. Je le développe dans un livre à paraitre en janvier aux éditions Dunod 2, dont le titre s'inscrit en faux contre ce que dit le Pr Rufo sur la bénignité des conséquences des violences sexuelles (voir également l'ouvrage d'Anne Tursz 3).

On s'étonne que Rufo conseille à la mère d'interroger l'agresseur présumé dont la jeune fille cite le nom. Pense-t-il qu'il se dénoncera ? Ce d'autant qu'il aborde la question d'un dépôt de plainte : " D'abord, est-ce qu'il faut le rendre juridique ou non ? La mode, la loi même, c'est dire signalement, mais en même temps, il y a quelque chose qui... Mais moi je suis très favorable au signalement des enfants, mais en même temps je m'étonne de quelque chose (...) "... Rappelons simplement qu'un classement sans suite ou qu'un non lieu ne signifient pas que l'enfant ait menti mais bien souvent que la justice ne dispose pas d'éléments de preuves suffisants pour poursuivre, et dans ce cas les parents peuvent légitimement soutenir leur enfant.

Disons-le : la mode n'est pas au signalement qui n'est d'ailleurs pas obligatoire pour les médecins, mais conseillé de façon ambiguë dans la mesure où le Code de déontologie médicale dans son article 44 permet au médecin de s'abstenir de signaler un mineur en danger pour des " circonstances particulières, qu'il apprécie en conscience " et s'il le fait " en faisant preuve de prudence et de circonspection ". On admet que moins de 10 % de ces signalements sont le fait des professionnels de santé. Il est en revanche obligatoire de faire cesser la situation de danger sous peine de poursuite pénale.

De plus, un signalement au procureur de la République n'est possible qu'avec l'accord d'un sujet majeur.

Pire, les propos de Rufo pourraient décourager un dépôt de plainte en méconnaissant totalement les délais de prescription pour cette affaire particulière.

Le Pr Rufo donnerait cependant de précieux conseils si la jeune fille était délirante. Mais est-ce bien le cas ? L'a-t-il examinée ? Hospitalise-t-on à la demande d'un tiers uniquement pour des troubles psychotiques ? Non ! Et certains troubles dissociatifs post traumatiques sont de fausses psychoses comme les décrivent un livre récent .

Le déni de la fréquence et des graves conséquences des violences sexuelles et autres graves maltraitances infantiles a décidément la peau dure.

Dr Gérard Lopez


1 Observatoire des violences envers les femmes du Conseil général de la Seine-Saint-Denis (eronai@cg93.fr)
2 Lopez G, Enfants violés et violentés. Le scandale ignoré, Paris, Dunod, janvier 2013.
3 Tursz A, Les oubliés. Enfants maltraités en France et par la France, Paris, Seuil, 2010